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Bonjour et bienvenus sur mon blog. En attendant la sortie de mon recueil de nouvelles (2021) je vous propose quelques fulgurances postées sur FB depuis un an. Merci à vous de votre fidélité et à très bientôt.
PS : N’hésitez pas à vous abonner si vous souhaitez être informé lorsque je poste un nouveau texte.
Tony G.
Des anges
Me voilà siphonné de l’intérieur, le bide et l’âme aspirés vers les entrailles de la terre. Ne demeure que ce corps posé sur le sol, cette coque bouffée par le sel, paumée loin sur le sable. Les vents s’engouffrent dans mes creux, ils effleurent mon néant.
Ils me forcent à voir un médecin. Le verdict est sans appel : je me suis éteint. Terminé. Un astre en moins. Durant de longues semaines, je me plante devant le balancement des arbres, l’eau frémit telle la peau d’une femme. Je toise l’éclat du soleil sur un sentier, les herbes changeantes, les ondulations de la terre. Rien. Un peu d’ombre entre mes os. Pas même le silence. Je suis éteint. A demi mort sur mes pattes, pendant des semaines, des mois. Ils se demandent tous si je trouverai le chemin pour revenir jusqu’à eux.
Puis j’entrouvre mes lèvres. J’avale un peu d’air. Plusieurs mois s’évaporent encore avant que je n’entreprenne l’ascension des étages, jusqu’aux lignes de verre et d’acier. Je traverse le bureau dépourvu d’horizon. « C’est terminé », leur dis-je. Je ne paraderai plus à vos revues d’armes. Je refuse de faire le paon. « J’arrête, vous entendez. » Je ne me montrerai pas plus beau que je ne le suis en vérité. Je quitte votre cour et ses défilés de fantoches, ces brochettes de sourires musculaires. Je n’assènerai plus des convictions mortes nées. Je ne me battrai plus pour des costards cravatés, des ambitions de dernier étage. Et puis je refuse d’engager mes troupes pour des extrémistes du tableau de bord, des empileurs de voyants verts, des calculateurs en boutons de manchettes. D’autres le feront mieux que moi et le coeur léger qui plus est. Moi je ne peux plus. Mon corps refuse. Je ne veux plus m’éteindre.
Je demande à réintégrer mes troupes, qu’on me renvoie sur le terrain. Ils craquellent leurs sourcils, décrochent leurs mâchoires. « Sur le terrain ? Tu es certain ? ». Cette trajectoire n’entre pas dans leurs logiciels. Ils suffoquent face à ma soif de déchéance. Je délire très certainement ! Je ne suis pas guéri. Ils veulent me retenir. Un si bon soldat. Un très bon même ! Aujourd’hui encore ils me gardent dans leur giron. Ils m’adressent des diagonales tandis que je déblaye mes heures ou que je défriche des arpents de futur. Je n’y vois pas grand chose. Ils ont raison, je ne suis pas complètement remis.
Je passe mes journées sur ce banc, à jongler. J’envoie valser au-dessus de ma tête mes élucubrations d’avenir : pourrais-je donner corps aux histoires des autres ? Quitte à arrêter d’écrire les miennes. Pourrais-je faciliter l’accès à la lecture ? Choisir mes collaborateurs ? Chaque perspective m’emporte puis me dépose à peine plus loin. Elle semble avoir mieux à faire. Aucune aventure ne s’impose vraiment. Des bourrasques qui n’en finissent pas d’accoupler mes envies à mes doutes. Je suis si fatigué.
Ce matin encore, mes pas me mènent sous les arbres, le nez dans les bouffées d’air. Des voix lointaines vibrent sous la grande toile bleue. J’envoie quelques projets dans les airs mais rien ne retombe. Puis d’un souffle résigné je les repousse, je jette quelques pelletées de nuages dessus. Une clochette retentit alors au fond de ma poche. Un post FB de @XXXXXXXX, qui se loge contre ma hanche. En d’autres temps son message m’aurait flatté. Mais je ne sais plus ce que j’ai foutu mon égo. Je hume le lointain.
Je réalise soudain qu’un sourire s’est glissé sur mon visage. Comme si mon corps avait compris avant moi. Depuis la lecture de son message, l’éclat du matin semble un peu plus vigoureux, c’est vrai. Sa lumière est aussi limpide que l’évidence. Je ne vais pas m’investir dans de nouveaux projets. Je ne vais pas prendre un nouveau chemin mais creuser mon sillon. Je vais faire ce que je fais depuis le début. Je vais écrire, davantage, mieux. Rien d’autre. En faire une priorité. Juste après ma femme et mes enfants. Elle est là ma vérité. Dans l’écriture. Puisque je ne sais appréhender l’existence et les individus qu’à travers les histoires. Depuis toujours.
Je souris dans le vent à présent. Un post. Un simple post FB, parmi des millions de futilités jetées sur la toile, atterri dans ma poche. @XXXXXXXX  ne m’avait jamais écrit auparavant. Alors pourquoi cette première fois ? Pourquoi à cet instant précis ? Pourquoi ces mots-là comme une réponse chirurgicale à ma perdition ? Pourquoi ce petit miracle ? J’ai renoncé depuis longtemps à vouloir tout comprendre, tout expliquer. Les causes à effets m’ennuient. J’ai appris à accepter les signes, ces aléas heureux qui font parfois de nous des anges gardiens.
TG (juillet 2021)
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Je suis prêt
     Je roule hors des alvéoles de béton où réside ma mère. J’ai tenu trois quarts d’heure cette fois : « je ne lui rends pas assez visite, elle ne voit pas ses petits enfants, elle est seule, tout le temps, si elle avait su… ». Elle m’adresse tous les reproches, y compris ceux qui leurs sont destinés. Cela a toujours été ainsi. Puisque je viens régulièrement, moi, puisqu’elle voit mon fils et ma fille. Elle m’a toujours attribué ce pouvoir-là, redresser les torts, changer les autres, mon frère, ma soeur, un beau-père ou un amant.
     La vieillesse l’habille de plus en plus. Les rides sur son visage sont toujours plus fines tellement elles sont nombreuses. Ses cheveux fins tombent sans éclat sur son visage. Elle est en forme pour son âge. Comment peut-on encaisser une vie d’épreuves et en sortir revivifié ?
     Puis elle me débite ses tourments. Mon frère qui ne sort plus de son appartement. Il passe chacun de ses jours dans l’ombre et la poussière à s’imbiber, seul, à édifier son cachot. Mes cousins qui entrent et sortent de taule comme des courants d’air, son voisin qui lui taxe de l’argent, sa meilleure amie qui ne dort plus parce que « les chômeurs du dessus font la java toutes les nuits ». Puis elle voudrait un chien, pour la compagnie. Un de plus. Elle empile ses chagrins sous mon nez. Je peux presque le distinguer son chamarré d’emmerdes.
     Je l’écoute, j’essaie d’être là, autant que possible. « Je t’aime maman », moi c’est tout ce que je voudrais lui dire. Mais je la connais. Elle va croire que je me moque. Un homme ne dit pas ça. Cela ne collerait pas avec l’image qu’elle garde de moi. Ce fils colérique, capable de tout, égoïste et flamboyant. Ce fils que je ne suis plus. Tellement d’années ont passé, mon bide est devenu trop gras, mes joues trop rondes. « Il est con ! » lâcherait-elle, histoire de nous ramener en terrain connu. Pourtant j’ai changé. Je n’ai fait que cela, toute cette vie durant. J’attends le bon moment pour partir. Le moment le plus simple, le plus évident, histoire de la ménager.
     Je m’éloigne des alvéoles de béton. Je les laisse derrière moi, les miens, ma mère, ses inconnus et ses emmerdes qui, un jour, seront les miennes. Oui, j’ai changé. J’ai tant aimé, goûté toutes les saveurs, humé l’insondable parfum des femmes, la force de l’amitié, jusqu’à l’ivresse. J’ai tellement reçu, l’amour, les honneurs et quelques salissures. Je me suis gavé d’exister. Je suis un homme riche.
Je suis assis sur la marche en béton au milieu des herbes hautes qui dansent jusqu’à l’horizon. La clarté du jour s’estompe. Je parcours l’amplitude de ma panse entre les pans de ma chemise ouverte. Mon jean tombe sur mes pieds dont le béton mordille les plantes. Je tire une dernière fois sur mon mégot. Les emmerdes viendront, je le sais. Elles ne sont plus très loin. Mes jours vont s’obscurcirent. Je les sens poindre, dans ce ciel qui perd son encre entre deux nuages, dans les bouffées de vent chargées de pluie, dans ces jours qui fleurent la fin.
TG (juin 2021)
Des nouvelles,
Presque un an et demi après sa sortie, « Le grand con » résiste au ras du sol, dans quelques rayons livres, une poignée de librairies. Je me prépare, serein, aux premiers refus d’édition de mon recueil. Je m’apprête à glisser la phrase de toute une vie entre les amnésies de cet inconnu qui est mon père. Je mets de l’ordre dans mes priorités et provoque quelques secousses au passage. A cet âge où la vue décline, j’y vois plus clair que jamais. Je regarde mes enfants grandir. Ils sont ma seule vérité, mon point de départ en toutes choses.
Je peux bien écrire tous les bouquins, dissimuler l’univers entier derrière quelques traits d’encre, défigurer la vie et me débattre encore au milieu des courants d’air, je m’essouffle sur la même évidence : L et N sont ma récompense.
TG (juin 2021)
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Bientôt deux ans que je fouille chaque phrase pour porter au jour ce qu’elle a à me dire. Deux ans que je m’enfonce loin sous la surface de la moindre tournure, que j’en scrute les strates, que je les effleure. J’ai retourné chaque mot, observé son reflet, soupesé sa masse. Aujourd’hui je regagne la surface, j’ai fini mes fouilles. Je pose mon casque de spéléologue, range mes gants de fossoyeur. Mes nouvelles sont écrites. Le recueil est là, terminé. Je l’observe déjà comme un enfant qui n’est plus le mien.
TG (mai 2021)
banc
Les blessures de l’automne
Le rouge des dernières feuilles, tâche le gris du matin,
Comme des plaies dans l’automne, entassées sur le sol.
J’en soulève le plus possible à chacun de mes pas,
juste pour entendre leur souffle sec.
Moi je mesure le temps, je n’ai rien d’autre à faire.
Le temps révolu, celui qu’il me reste, tout ce que j’ai perdu
et l’instant présent, là juste sous mon nez.
Puis soudain elle arrive. Elle ralentit comme un navire.
Son miracle échoue sur le banc face au mien.
Elle a de grands yeux clairs, comme des soleils.
Ses lèvres entrouvertes semblent retenir tous les silences dans leurs filets.
Sa bouche est une vraie boite à bijoux, avec des perles dedans.
La mienne demeure béante, au beau milieu de ma disgrâce.
Moi, je tombe de mon banc, et de plusieurs étages.
Mon coeur fait le grand huit et mes yeux cherchent de l’air.
Sa beauté m’attrape par la poitrine et me décolle du sol.
Elle m’ouvre le torse en deux, comme çà, en regardant ailleurs,
Y glisse des pépiements d’oiseaux, des bruissements de ruisseaux,
Le sourire infini des gosses, des bouffées d’air marin,
Des mélodies de rue et des fleurs sauvages,
La chaleur des corps dans les premières lueurs.
Elle porte un manteau épais avec un col ample
frappé d’emblèmes dans les angles.
Un instant je pense à Gold, à son « capitaine abandonné ».
Elle tire son téléphone de son jean, regarde l’écran.
Je crois qu’elle pleure.
Elle incline doucement le visage vers le sol, décline mon regard.
J’hésite à traverser l’allée, à prendre sa main et ses yeux.
Je lui dirais en silence que son éclat est un piège,
Qu’il n’inspire que plaisirs égoïstes et instinct de possession.
Que sa beauté crève les yeux mais assèche les cœurs.
Que l’homme n’est qu’un gosse, un petit tyran capricieux.
Il lui faudra trouver celui qui saura effleurer ses plaies,
survoler ses précipices, cajoler ses doutes.
Celui qui mettra son âme dans ses doigts chaque fois qu’il l’effleure
et son cœur sur ses lèvres lorsqu’il l’embrasse.
Qu’il fera d’elle la reine de leur état de grâce.
Je me décide alors, je me lève, puis je me rassois.
Il vient d’arriver.
Il a du bleu plein les yeux, du soleil plein la peau, le cheveux vigoureux.
Son sourire vous donne envie d’acheter le premier truc qu’il vous tend.
Un stylo, une capsule de bière, une brosse à dent.
Il est habillé au cordeau, comme s’il sortait tout droit d’une vitrine.
Même moi je le trouve beau tellement c’est évident.
Elle le regarde comme on implore, avec tellement d’avidité,
Des paillettes plein sa fragilité.
Il fait demi-tour, elle lui emboite le pas.
Elle sa hâte derrière cette effigie qui ne l’attend pas.
Je reste assis là, entre deux âges.
Je remballe mes mots, mes feuilles mortes,
mes idées de vieux con, mes chansons démodées
et tout le reste.
Dans la petite allée, mes pas brassent
les blessures desséchées de l’automne.
TG. (mars 2021)
Le bon fils.
Lui, c’est le bon fils, celui qui la rend fière.
Sa femme elle a la classe, ils sont propriétaires.
Il a évité tous les pièges dans lesquels j’me suis vautré.
Lui c’est le bon fils, moi je suis l’autre, à côté.
Il a tout réussi, son fils aîné, son prodige.
Il est directeur, presque trente salariés.
Il a fait des études, il passe à la télé.
Tout le temps en costume, allure hyper soignée.
Moi forcément j’suis maçon, simple ouvrier.
Enfin quand je bosse, j’suis pas très régulier.
J’ai les dents en ruines et la peau ravagée.
J’m’habille avec les sapes qu’il veut bien m’refiler.
Faut pas croire, lui aussi il boit, mais plus comme avant.
Il boit que du bon, puis raisonnablement.
L’est devenu un Monsieur, qui a plusieurs maisons
Qui part en Crète, en famille, à la belle saison.
Moi mon voyage c’est au super U que je le fais.
Pour me ravitailler en poison chaque matin.
Deux pifs de mauvais vin, mon tarif quotidien.
J’sais plus quand j’ai commencé mais on étaient gamins.
Et puis moi aussi j’ai eu une femme, enfin à peu près.
Je ne l’aimais pas vraiment, faut dire qu’elle me le rendait.
Marre que je lui hurle dessus, un jour elle m’a viré.
J’étais tout le temps bourré, même elle j’lai dégoûtée.
J’m’en fous, Ruella c’était pas vraiment une femme.
Plutôt un pote qui avait les bons les organes.
De toute façon je n’ai jamais aimé aucune femme,
Et aucune ne m’a aimé, même pas la première.
Même pas ma propre mère.
Lui, c’est le bon fils, celui qui la rend fière.
Sa femme elle a la classe, ils sont propriétaires.
Il a évité tous les pièges dans lesquels j’me suis vautré.
Lui c’est le bon fils, moi je suis l’autre, à côté.
Tony G.
Le bon choix
J’ai appris récemment que tu n’allais pas bien,
Que tu trembles tout le temps, que tu oublies les tiens.
Tu erres dans ta rue où tu ne reconnais rien.
Je voulais que tu saches… que je ne t’en veux pas.
De nous avoir quitté, d’être parti comme ça
Pour cette plus jeune à la tête mieux faite.
Vous avez eu quatre enfants, vous vieillissez ensemble.
Je dois bien l’avouer, tu as fait le bon choix.
Notre histoire à maman, Christine, Wilfrid et moi
Sentait un peu le cramé, cela va de soi.
Je suis désolé de n’être pas venu vers toi.
J’ai eu tellement d’années pour faire ça.
Tu as essayé, moi aussi, un peu,
Mais cela ne fonctionnait pas.
Je te voulais toi, te comprendre, te parler.
Tu me tendais une chaise autour de la tablée.
Mais j’ai grandi à l’écart des sièges qu’on me tendait.
J’ai grandi sans modèle, sans carcan, sans limites,
Face à tous les possibles, à tous les interdits.
Je les ai tous franchis, je ne succède à personne.
Je n’avais plus la place pour un père,
Quelle que soit sa valeur.
De tes sept enfants, des deux côtés,
Je suis celui qui te ressemble le plus.
J’ai ton visage sur mes épaules,
Ton humour, ta timidité, la folie de ton désespoir.
Je me suis transformé en clown, comme toi.
Au fil des années, pour mes gosses,
pour qu’ils rient, qu’ils soient heureux.
S’ils sont heureux, alors je le suis, autant que je le peux.
Comme toi je ne vis que pour eux, j’en ai les larmes aux yeux.
Parait qu’en vieillissant les hommes pleurent.
Deviennent-ils plus lucides, suçotent-ils leurs malheurs ?
Mes belles saisons sont derrière et tu rejoins l’hiver.
Malgré ton absence sur chacun de mes jours, à ta manière,
Je te reconnais comme étant bel et bien mon père.

TG

alabriderien
A l’abri de rien.
Bientôt je lâcherai ta main.
Tu continueras sans moi, c’est ainsi.
Il te faudra te frayer un chemin
Sur ce vaste terrain vague qui agonise.
Au milieu de la meute, bête à bouffer du foin.
La planète et ses pays sont les propriétés privées
D’une poignée d’invisibles, tentaculaires.
Ils te tolèrent à condition que tu consommes.
Ils plantent à présent des panneaux publicitaires
Sur d’autres futures poubelles planétaires.
Ce sont les mêmes qui ont rétabli l’esclavage.
Ils ont juste changé les chaînes par des vélos
Et des sacs isothermes, il fallait y penser.
Ceux qui n’ont rien, qui ne sont pas encore résignés
Suent sang et eau, dans le froid, sous la pluie,
Devant des portes trop vite refermées.
Et l’humanité se meurt entre les crossover.
Voilà ce que je te lègue, mon fils et puis il y a la femme.
Ne lui tourne pas le dos, elle n’attend que cela.
Elle est en guerre contre toi, enfin contre l’homme.
Cet attardé mental, obsédé sexuel, violeur d’enfants.
Ce fruit de l’entrejambe d’un troll peroxydé.
Elles montent la garde, crocs saillants,
De l’écume plein la bouche, prête à choper ta gorge,
A balancer ton corps.
Au premier mot malheureux,
Au premier regard qui touche.
Certaines, tu verras, échafaudent des rêves d’égalité,
Des rêves de salaires équivalents, de hautes fonctions.
L’air sévère, toute la journée en pantalon,
Elles copient nos travers, singent nos plus grands couillons.
Peut-être la verras-tu, toi,
Trouver une voie qui ne soit que la sienne.
Je te laisse une époque surpeuplée d’abrutis.
Qu’ils soient libéraux, épilées, crânes rasés ou barbus.
L’ignorance, ce virus redoutable qui hurle au châtiment,
Est une pandémie contre laquelle personne n’a de vaccin.
Ils haïssent ce qu’ils ignorent, adorent ce qu’ils croient connaître.
La planète, tu l’as compris, est au bord de l’explosion,
Des océans plastiques, déchetteries dans les grands fonds.
Des virus planétaires et un ciel à effet de serre.
Des glaciers de pierre grise, des banquises d’eau tiède,
Prends bien tous les animaux en photo,
Bientôt ils n’existeront plus qu’en vitrine sur Youtube.
Je t’offre des années vidées de leurs saisons
Des étreintes sous Cellophane, des baisers 100% coton.
C’est à peine, mon Amour, si j’ose te regarder en face.
Comment peut-on aimer autant sa propre chair
Et braquer sur elle tant de menaces.
Je me suis exténué pour quelques acquisitions,
Je pensais vous mettre à l’abri, j’ai manqué d’ambition.
Mes rêves pour toi étaient trop petits, mon Ange,
Et lourde est l’addition.
(janvier 2021)

olivier

La vieille.

(écrit à partir de la photo pour l’émission Afterwork de radiocampus)

« – Allez vas-y mon grand dadais, prends-la ta photo. Un vrai gosse avec son nouveau jouet. Ça l’a pris sur le tard, avec sa Brigitte dont l’originalité l’a diverti un temps. Puis sa lubie pour les costumes qu’il commandait en Italie, la voiture… une fortune. Maintenant cet appareil photo dernier modèle. Si seulement tu avais autant de sang pour reprendre l’entreprise familiale. Mais toi ce que tu aimes c’est t’acheter des jouets. Même ta fille, ma Titi, semble décontenancée, avec son sandwich dans le vide et son air de toujours se demander ce qu’elle fout là. Ma main au feu qu’elle sourit, ta bru, qu’on lui voit les dents. Toujours prête à poser, prompte à exhiber son cou et ses guiboles. Sûrement pas elle qui va te serrer la vis. Vas-y mon grand. « Immortalise », comme tu dis, le désarroi de ton père.

Avoir survécu à la Grande Guerre, à la faim, aux manques, aux humiliations, aux pires vacheries, de soi-disant amis, des voisins. Avoir subi tant de labeurs, les assauts incessants de ton père. Crois-moi, il n’a pas toujours été aussi avachi sur sa canne. Nous avons trimé comme des bêtes pour construire notre situation. Tout cela pour te regarder dissoudre notre rang dans la consommation de tes plaisirs. Allez, vas-y mon dadais, prend la cette photo. Glace ceux qui bientôt ne seront plus.

Moi j’ai fait ce que j’avais à faire. J’ai fait ma part. J’ai lutté contre l’époque, rien ne m’a été épargné, pas même ce berceau resté sec après toi. J’ai continué, qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? J’ai porté tout notre petit monde à bout de bras, à travers les années. Je n’ai pas peur. Quand la mort viendra, je la regarderai bien en face, calmement. Je lui dirai : Je t’attendais. ».

TG (février 2021)

titans
Les titans.
Un matin ils étaient là, leur proéminence de pierre défigurait soudain l’éclosion blafarde du jour.
Les passants s’arrêtèrent, bras levés, bouches ouvertes. La rumeur fit le tour de la planète. Les camions de presse envahirent le quartier. Chaque rue, la moindre ruelle colonisée par des véhicules flashy, siglés dans des langues improbables, coiffés d’antennes de toutes formes.
L’humanité ressassa ses vieilles peurs, tritura ses fantasmes rebattus. Comme si les fléaux tombaient là où on les attend.
Le temps a passé, il ne sait rien faire d’autre. Aujourd’hui plus personne ne regarde les trois titans. C’est tellement vieux tout cela et je suis fatigué.
Pourtant demeure le mystère de leur venue. Sont-ils apparus ce matin-là pour nous protéger, nous frapper ou finir leurs vieux jours parmi nous. (janvier 2021)
degueulasse
Ce matin.
Des nuages dégueulasses nous refusent le ciel et nous bavent dessus. Peu importe, je contemple à rebours les cheveux en pétard de mon fils, au-dessus de son bol et ses grands yeux noirs posés sur moi. Noirs comme une éclaircie. (18.12.2020)

Chaque matin je me jette vers la lumière, sous un tapis de nuages. L’envie de prendre les chemins de traverse chevillée au corps, depuis toujours. (9.12.2020)

trogne 376
J’t’aime.
(projet écrit pour le collectif « Hauts comme trois hommes »)
Non je ne t’aime pas, j’t’aime.
Parce que j’t’aime comme je suis
sans toutes mes voyelles
Avec ma gueule de « jour de pluie ».
J’t’aime avec mes cinquante balais derrière moi
Ou devant ou sur les épaules
Ça dépend des fois.
J’t’aime comme je peux quoi.
Forcément à côté, un peu de guingois
Bouffi de tous mes manques
Mon manque de temps, d’envie, d’entrain,
Et puis j’t’aime sans surprise,
Sans trop te le dire tellement c’est évident.
Oui, après toutes ces années, j’t’aime,
sinon comment expliquer qu’à la première occase
J’attrape encore tes hanches,
Je me glisse derrière toi.
Comment expliquer que j’ai toujours envie de t’écouter
Déverser tout et n’importe quoi dans le duvet des mes oreilles,
Envie de mettre mon corps au repos contre le tien ?
J’t’aime sans emphase, moi, sans récitation,
sans effets de manches.
De toutes mes dents, enfin celles qu’il me reste
J’t’aime pourtant, et j’t’aime quand même.
Malgré le temps qui passe
Qui nous rend tout blêmes
Voilà, j’t’aime comme je suis
Fatigué, ventripotent
Bourru et sans allant,
Tout auréolé de ma calvitie
Mais je suis là, bien là
Depuis bientôt vingt ans
Et je le serai toujours
Et même lorsque j’aurais cent deux ans,
Quand mes muscles ne seront plus que de la flotte
Que mes os seront de verre et ma peau une serpillère,
Je banderai encore pour toi mon coeur
Même un pied dans la tombe je banderai d’amour.
Parce que j’t’aime et j’t’aimerai toujours.
Tony G.
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Le vieux sage.(1er juin 2020)
Ses doigts filent la glaise. Les rondes d’argile se bombent et se creusent. Naissent des hanches, entre le pouce et l’index. Penchés sur son tour de potier, la flamme brune de ses cheveux, son pyjama qui s’évase sur ses huit ans, le regard dans la boue et la bouche entrouverte.
Moi, je pétarade aux quatre coins de la pelouse humide, au bras de mon autotractée flambant neuve. Je ronronne d’aisance quand je manœuvre, j’en roucoule des hanches sous le soleil, tout ému de l’impeccable gazon que je laisse derrière moi.
Son index de glaise s’élève sous la tonnelle, pointe dans ma direction et se recroqueville comme pour me tracter vers lui. Je lâche à regret mon carré de plaisir et gagne son ombre.
– Papa…
– Oui ?
– Quand est-ce qu’on est vieux ?
– Quoi ?!
– …
– Et puis c’est quoi cette question dans la bouche d’un enfant de huit ans ?
-…
– Ok… On sait qu’on est vieux…
Je parcours, d’un ultime regard, mon jardin sous la rosée.
– Ecoute mon fils on sait qu’on est vieux quand pour la première fois de sa vie, on arrête sa tondeuse à chaque escargot qui se présente sous ses roues… pour épargner sa vie quoi… alors que jusqu’ici…
Il n’a que huit ans, mon potier. Un large sourire redessine sa bouille d’ange. Pas ce vaste sourire qui arrête le temps et ouvre la vie en deux. Cette fois, il installe doucement ses yeux noirs dans les miens. Une grimace entendue, dénichée sous de lointaines années. Une moue presque abimée, de vieux cowboy, autour de son regard profond.
Le sourire de ces trop vieux mômes, désespérément silencieux, parce qu’ils ont digéré l’existence. Ils savent, que parfois les mots sont des chaussures trop petites*, le poids de chaque seconde. Ils savent, les hommes bien vautrés sur leur inconséquence, l’infinie beauté des femmes. Pas la beauté qui crève les yeux mais celle qui affine le regard. Ils savent l’âme des gamins qu’on taille, qu’on débite, jusqu’à en faire des adultes.
Il ne bronche pas mon fils, il est en exposition. Il se laisse déchiffrer. Il me permet de sonder l’abime de son regard, d’éprouver le sourire d’acceptation qui trône au sommet de son corps trop petit. Je suis d’une nature lente, il le sait.
Puis il se détourne, rejoint son atelier de plastique vert et jaune. Je foule la pelouse, les yeux dans l’herbe. La lèvre inférieure entre mes doigts. Il a pigé… les escargots et tout… Il a déjà plusieurs vies au compteur ce gosse, ce n’est pas possible ! Je sens mon visage qui s’ouvre à son tour. Une déferlante de fierté, de tendresse, de fragilité et de larmes qui remontent ma carcasse. Mon fils ne cessera jamais de m’étonner. Je m’arrache le bras sur la ficelle et laisse le rugissement du moteur balayer mes états d’âme.
*extrait du roman Le grand con
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(25 juillet 2020)
J’ai goûté ces beautés fracassantes. Elles pulvérisaient soudain l’embrasure d’une porte et me fauchaient les deux jambes, me tenaient suspendu par les lèvres, au-dessus du sol. Pourtant, seconde après seconde, année après année, je finissais toujours par me remettre sur pied, par reprendre mon souffle et ma bouche.
Plus tard, des regards de fuite, quelques mots ravalés, des gestes morts-nés attisèrent mes silences. J’effleurais doucement ces fleurs foulées au pied. Je n’avais pas grand chose à offrir, l’humilité de mes plaies, une présence d’océan et leur éclat sur mon visage.
Leur beauté nue refleurissait dans les fissures. Un premier sourire étoilé, l’audace des petits gestes, ces regards de retour. Jusqu’au don, jusqu’à l’abandon. Ces deux îles à quelques encablures de l’Autre. Cette discrète se remettait à planquer ses charmes un peu partout, elle pétillait dans les recoins, exhalait de petites attentions. La beauté à pas feutrés. Celle qui, seconde après seconde, année après année, s’installe, reste et ne fane pas.
L’homme naît aveugle, il faut beaucoup l’aimer ou bien lui pardonner.
(Merci à Alain Garrigue pour sa Trogne n°376 présente en ouverture de mon roman « Le grand con » paru en février aux éditions JDH Editions.)
(24 mai 2020)
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Je suis un homme heureux. Une femme et des enfants qui accrochent chaque matin leurs bras autour de mon cou et un sourire à mon visage, le corps qui tient la distance, une bonne situation. Et putain, ce que je suis à l‘aise dans mes pompes. Le gagnant de la timbale quoi, le « cul bordé de nouilles » comme dit ma mère. Pourtant c’était mal barré, pas l’ombre d’une chance ou si infime. Tellement d’années à s’accrocher aux branches, comme un enragé. Pour finir par tomber pile dans mes pompes, les miennes, celles de personne d’autre, avec tout ce soleil, tout cet amour qui emplissent mes mains.
A treize ans je suis tombé sur les SAS de mon beau-père, quatre cartons pleins, dans un grenier. Je me suis mis à lire. Je les ai avalés en quelques semaines, la poussière avec. Personne ne comprenait ce que je foutais à décamper avec un bouquin.
Plus tard à l’université, j’étudiais les auteurs américains. Je me mis à écrire, en secret. Je prétendais préparer des partiels, je planquais mes élucubrations dans mes cours. Celles et ceux qui ne comprenaient pas ce que j’allais faire à la fac n’auraient pas compris que je passe des heures à noircir des feuilles alors qu’il restait des caves à ouvrir, du pinard à siffler, des culs à peloter.
Et puis il y eu les femmes, je veux dire La Femme. Même si toutes ne méritent pas une majuscule, je leur dois quasiment tout. Elles m’ont appris à raisonner, rien que cela, la tendresse infinie, le don de soi, sans conditions, la puissance du respect qu’on susurre, l’acceptation, malgré la ribambelle de casseroles que je me trimbalais.
Aujourd’hui j’avance sur la plus belle partie du chemin, près de ma femme. Elle, qui a mis la dernière touche à l’homme que je suis, Elle qui m’a flanqué tout ce bonheur et son sourire dans les mains. Ma belle brune, qui déboule en pleine lumière, de l’autre côté de la rue, des emplettes plein les bras et me tend ses yeux rieurs.
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(17 mai 2020)
Ce matin
Il a monté l’escalier, doucement. Plongé dans son livre grand ouvert, ses pieds nus cherchaient les marches. J’ai dû répéter ma question : « Qu’est-ce que tu fais ? Je viens avec toi, papa.». Sans sortir la tête de ses grandes pages colorées. Il s’est posé sur le canapé du bureau, juste derrière mon dos. Je ne lui ai rien dit mais j’aime sa présence quand j’écris. Je me sens plus serein, plus fort. Je sais, c’est complètement con. Comme si on risquait quoi que ce soit quand on écrit.
Le bruissement de ses pages caresse le silence. Chaque mot appliqué qu’il souffle du bout des lèvres. Il expire ainsi ses histoires dans la petite pièce et j’envoie les miennes sur mon clavier. Il tend la tête vers ma caresse qui traverse ses cheveux. Ma main cueille son ventre. Il a la douceur d’un pain au chocolat. Ce genre de douceur qui vous donne envie de remettre cette vie dans l’ordre, d’arrêter le cours des jours, d’arrêter de courir comme un con. Je me retiens de ne pas l’étouffer de caresses et de baisers. Il faudra que je lui dise, un jour, tout le bonheur et à quel point il m’impressionne. Qu’il m’impressionne vraiment, chaque jour, depuis sept ans et demi. Que je suis son plus grand admirateur.
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(7 mai 2020)
Mon Il.
Il a huit ans, pas plus.
Une fanfare de cheveux bruns sur un sourire trop grand pour lui. Les noires prunelles de sa mère.
Quand il rit, c’est tout son visage, son corps, sa peau qui se déploient et avalent le monde. Sa voix d’oisillon leurre le temps.
Quand je ferme mes bras à double tour sur sa chaleur, que ses fines cannes accrochent mes hanches comme un baiser, je disparais.
Il est mon puits de peau douce. Mon refuge contre le monde. Mon Il.
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(11 avril 2020)
Ce soir, alors que je garde un oeil sur le barbecue, tel un simple mortel que je suis, le ciel, lui, se donne en spectacle.
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(21 mars 2020)
Adultère
Je voyais bien l’anxiété te prendre
Tes rires nerveux qui décampaient
Tes regards aux recoins de la chambre
Si loin quand je te contemplais.
Tes jambes enfermées dans tes bras
Assise à l’autre bout des draps
Tu te battais contre toi-même
Tu épiais l’heure, devenais blême.
Alors j’ai fait ce que je fais de mieux
Je me suis levé pour quitter les lieux
Nous ne sortirions pas grandis je crois
Si je nous mettais dans de sales draps.
J’étais déçu, j’allais sortir
Tu as gagné la porte en hâte
Tes mains ont saisi mon cuir
Tu continuais de te débattre.
Tes yeux ont fui une ultime fois
Tu as jeté ta bouche contre la mienne
Comme un saut dans le vide, un bris de chaînes
Puis, gênée, tu t’es éloignée de moi.
Alors j’ai fait ce que je fais de mieux
Je me suis levé, prêt à quitter les lieux
Nous ne sortirions pas grandis je crois
Si je nous mettais dans de sales draps.
Dans l’habitacle au pied de l’hôtel
Heureux, gazouillant telle une hirondelle
N’aspirant qu’à ta peau, il me fallait partir
Tel un cheval fou qu’il faut contenir.
Tu venais d’esquisser la folie, le courage
Que requiert parfois un geste d’Amour
Pour ce transi lâche manquant de panache
Dont tu désirais tout, sauf le retour.
Alors j’ai fait ce que je fais de mieux
J’ai démarré, prêt à quitter les lieux
Nous ne sortirions pas grandis je crois
Si je nous mettais dans de sales draps.
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(mars 2020)
J’ai roulé longtemps, entre les champs, les fermes de plus en plus rares. J’ai refait le chemin jusqu’à eux pour me planter au pied de leurs tombes. Je voulais leur dire que je m’étais acquitté de ma tâche. Cette foutue mission que j’avais cru bon d’endosser, qui m’avait coûté ma femme et mes gosses, mon amour propre, mon sommeil, mes muscles et mes cheveux. J’ai formulé mes tourments dans le matin gris. Un bouquet de syllabes fatiguées. « Ça y est, j’ai raconté. J’ai tout dit. J’ai dessiné l’injustice, les vies de rien, la rage, les coups de crocs, les moments de grâce. Et puis tout l’amour. Je vous ai mis dans la lumière, c’était la moindre des choses, je vous ai fait une petite place, infime.».
Ils ne m’ont pas répondu grand-chose. Quelques bouffées de vent dans mes cheveux clairsemés, un ciel reculé et le silence pour caresse. Leurs si délicates éternités. Je me suis trouvé bien con avec mes histoires de bouquin, de témoignage. Alors j’ai fermé ma gueule.
Devant chaque tombe, j’ai clos mes paupières, leurs visages me sont apparus, immenses, nets, flottants. J’étais de nouveau avec chacun d’eux. Je pouvais presque sentir leur présence. Ça se marrait doucement dans mon ventre. Un large sourire débordait de mon visage. J’ai profité d’eux, une fois encore. Trente ans après. Mon demi-frère, cette meilleure version de moi-même. Mon grand-père, le seul homme qui ait réussi à me dompter, d’un regard. L’ami, celui qui ne m’a pas tourné le dos quand je les ai tous trahis.
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(22 février 2020)
Laura
J’ trimbale mon ombre sous tes persiennes
Devant ton boulot, je traine ma déveine.
C’est l’autre « teint halé » qui t’as enlevée ?
Vous avez rejoint l’horizon dans son cabriolet ?
Faudra qu’il me rende, ce chien, chacun de tes regards
Je les bois pour survivre, ils crèvent mon ciel noir
Je deviens quoi sans ton grain sous mes doigts ?
Si ma main n’épouse plus tes reins Laura ?
Et je fais quoi moi Laura maintenant ?
Que t’as rendu ma vie belle, qu’t’as fleuri chaque instant ?
Depuis qu’t’es partie l’air est empoisonné
Chaque seconde s’écrase comme une merde à mes pieds
Sans toi j’ai la peste, Laura, j’me détourne pour pleurer
Sans toi je crache du sang, ma Laura, je me cache pour crever.
Putain Laura, pourquoi t’as mortifié ce lit ?
Ecrin de coton tiède pour nos corps alanguis
Que blanchissait l’aube, juste après l’hystérie
Qui avait tendu ton corps et libéré tes cris
Faut que tu m’reviennes Laura, j’peux pas encaisser
Qu’un autre te possède, que tu t’sois tirée
Que tu nous aies lacérés, comme ça sans prévenir
De lutter chaque seconde, pour ne pas dépérir.
Et je fais quoi moi Laura maintenant ?
Que t’as rendu ma vie belle, qu’t’as fleuri chaque instant ?
Depuis qu’t’es partie l’air est empoisonné
Chaque seconde s’écrase comme une merde à mes pieds
Sans toi j’ai la peste, Laura, j’me détourne pour pleurer
Sans toi je crache du sang, ma Laura, je me cache pour crever.
Je sais pas ce que c’est un mec bien tu vois,
Mais j’laverai mon appart, tout ce que tu voudras
j’trouverai un boulot, je serai propre sur moi.
J’te jure tu me reconnaîtras pas, tu seras fière Laura.
Et puis j’te baisais bien, t’arrêtais pas de me le dire.
Tu fais quoi de ces éternités, indécentes, indécises
de nos regards défaits, nos peaux incendiées
nos draps grimaçants jamais rassasiés.
Et je fais quoi moi Laura maintenant ?
Depuis qu’t’es partie l’air est empoisonné
Chaque seconde s’écrase comme une merde à mes pieds
Sans toi j’ai la peste, Laura, j’me détourne pour pleurer
Sans toi je crache du sang, ma Laura, je me cache pour crever.
Si tu reviens pas je vais m’foutre contre un mur, Laura.
Je broierai ton appart et chaque trace de toi,
J’enlèverai tes parents, j’m’en prendrai à tes chats.
Je suis impropre à la vie loin de ton aura.
Sans toi ça vaut quoi, la vie, c’est qu’un espace vide.
Une punition, un déchet, un corps qu’on évide.
Si on me m’arrache tout, si on m’enlève toi.
J’ai plus qu’à m’flinguer et j’suis trop lâche pour ça.
Et je fais quoi moi Laura maintenant ?
Depuis qu’t’es partie l’air est empoisonné
Chaque seconde s’écrase comme une merde à mes pieds
Sans toi j’ai la peste, Laura, j’me détourne pour pleurer
Sans toi je crache du sang, ma Laura, je me cache pour crever.
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(15 février 2020)
Petite beauté
Tes regards qui s’attardent et sur mon bras ta main.
De petites attentions en sourires mutins.
Tes formes toutes tendues vers moi, petite beauté.
Le souffle de tes mots sur ma peau caressée.
Petite beauté, j’ai aimé comme un fou, sans retenue.
A force de frénésie mon cœur s’est enfin tu.
J’ai essayé fort, mais la femme n’est qu’un songe.
L’amour s’embrase s’essouffle puis s’éteint
Repu de tout, je n’aspire plus à rien.
J’ai eu tantôt la mère et tantôt la putain.
Tu me veux, me désires ne serait-ce qu’une fois.
Tu dis que ma peau par ton grain scellée
Suffoquera loin de ton épiderme de soie.
Que mon corps par ton corps chevauché
Vivra l’enfer sans ta chair en émoi.
Petite beauté, j’ai aimé comme un fou, sans retenue.
A force d’emballements mon cœur s’est enfin tu.
J’ai essayé fort, mais la femme n’est qu’un songe.
L’amour s’embrase s’essouffle puis s’éteint
Repu de tout, je n’aspire plus à rien.
J’ai eu tantôt la mère et tantôt la putain.
En rythme tu ondules, m’envoies des ondes lascives,
Tu dessines de tes hanches des étreintes brûlantes
Tes yeux sondent mon âme, sorcière provocante,
Tes mains soulignent ton corps, à mon âme permissive.
Petite beauté, j’ai aimé comme un fou, sans retenue.
A force d’emballements mon cœur s’est enfin tu.
J’ai essayé fort, mais la femme n’est qu’un songe.
L’amour s’embrase s’essouffle puis s’éteint
Repu de tout, je n’aspire plus à rien.
J’ai eu tantôt la mère et tantôt la putain.
Tu me dis qu’on sera bien, tu prendras soin de moi,
De mon âme, de mon ventre, tu chériras ma queue.
Qu’ensemble nous rirons en nous bouffant des yeux.
Et donnerons un sens à ce qui n’en avait pas.
Petite beauté, j’ai aimé comme un fou, sans retenue.
A force d’emballements mon cœur s’est enfin tu.
J’ai essayé fort, mais la femme n’est qu’un songe.
L’amour s’embrase s’essouffle puis s’éteint
Repu de tout, je n’aspire plus à rien.
J’ai eu tantôt la mère et tantôt la putain.
bureau pc
(9 février 2020)
Trois romans.
Il a posé son point final. Trois cents pages, et quelques poussières. Son troisième et dernier roman voyage à présent par mail, jusqu’à son éditeur. Il a toujours su qu’il n’écrirait que trois romans. Pas un de plus. Trois romans et il avait dit ce qu’il avait à dire.
C’en est donc fini. D’un geste lent, il referme son ordinateur portable. Il ne l’ouvrira probablement plus, ou pour regarder des conneries sur internet avec Léo. Tout ce qu’il avait à raconter, il l’a jeté sur le papier. Ceux dont il voulait parler, il les a dessinés paragraphe après paragraphe. Il a témoigné, fait tout ce qu’il pouvait pour eux, pour les trainer un peu hors de l’ombre.
Pour les faire briller sous un peu de lumière, il a dû se retirer de sa propre vie. Il a dû contraindre ses Amours à vivre sans lui. Toutes ces années à revenir vers eux, à rebrousser chemin vers sa femme et son fils. Coincé quelque part à leur périphérie ; entre le mari, le père et l’ami de la famille. Des années, spectateur de leurs conversations, leurs jeux et leurs ennuis à tous les deux. Parfois ils ne ressentent même plus son absence, énorme, dense.
Mais cela est terminé. Il n’écrira plus un mot. Il veut vivre à présent. Vivre le temps qu’il lui reste contre le corps chaud de sa femme et celui, vif comme un oiseau, de Léo. Les années qu’il lui reste, à les bouffer des yeux, à les redécouvrir sans cesse et dévorer ce qu’ils sont l’un et l’autre, à laisser leurs rires lui fendre la carcasse. A boire, goulu, le nectar de chaque seconde.
Il repousse son fauteuil de bureau, se lève. Il jette un dernier œil sur ce bureau, ce vieil ordinateur portable. Il aura passé tant d’années, penché sur ce vieux compagnon de plastique. Il se détourne, gagne la porte. Dans le couloir obscur, il s’arrête machinalement, sans se retourner cette fois. Il sourit. Il les entend discuter, en bas. Il sourit car la vie l’attend, il a encore de belles années devant lui. Oui, il est encore temps.
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(29 janvier 2020)
Ecrit en septembre dernier. Parce que j’étais hospitalisé, parce que je n’avais pas pris le forfait télé et puisque la vie est littérature.
Je suis à la 258, au fond du couloir à droite. Quand je descends prendre l’air, sur le parking deux étages plus bas, je longe le corridor blanc et rouge, et les chambres qu’il ouvre. Il y a ce petit papy dégarni, à la fine moustache blanche que l’ombre de sa chambre avale doucement. Il a avancé sa table à roulettes dans le prolongement de la douche. Il profite de la lumière du couloir pour ne pas gêner son voisin avec la sienne. Il noircit des grilles de mots fléchés du matin jusqu’au soir et dort profondément dès 20 heures. Sa porte toujours ouverte. La voix de cet autre vieillard brun est rustre et je ne sais reconnaître son accent qui roule les « r ». Son polo vert était déjà démodé dans les années soixante-dix, il le rentre dans son pantalon. Quant à son déambulateur, il reste stationné au pied de son lit. Il est équipé de roues avec des rayons, comme un vélo, d’un panier en fer grillagé et de poignées de frein. Je me demande à quoi peuvent bien servir, des freins, sur un déambulateur. Le monsieur de la 261 n’est plus là. Depuis mon hospitalisation je le voyais sur son lit surélevé, allongé sur le dos, raide et desséché. La blancheur de son visage creusé, toute tendue vers le plafond. Bouche ouverte comme s’il hurlait sans bruit, comme s’il cherchait à gober un peu d’air encore. Son bras sans chair restait dressé au-dessus de son ventre, comme un bout de bois sec. Ses doigts tendus semblaient caresser l’indicible. Ça lui faisait comme une araignée géante, immobile au bout de l’avant-bras, en l’air, au centre de la chambre. Quand je suis passé aujourd’hui, il était parti. Dans mon couloir les gens partent. Pour reprendre leur cours, ou ils partent tout court.

(18 janvier 2020)

Des jours que je me levais avant la vie et tout son bruit, sa fanfare essoufflée. Pour un ultime (re)travail du « Grand con ». J’ai terminé cette semaine, vide comme une bogue, électrique comme un punk à chien sous ecstasy. J’avais fini par chercher, chaque seconde, un prochain à égorger, un collègue, un chauffard, un enfant ou une femme enceinte. Même aux chiottes, je cherchais.
Aussi je fus invité par ma déesse sublime à partir, un weekend.
Hier en fin de journée, je chargeai la voiture, j’embrassai femme et enfant et fonçai vers la côte. Emplafonné, quelques instants plus tard, dans les bouchons nantais, j’apprenais que A. posait le crayon, que mon accompagnement prenait fin et que le livre de C. avait connu une excellente première journée de ventes. La nuit posa ainsi son couvercle sur un drôle de trajet.
Une maison d’édition est une famille . Elle a ses figures tutélaires qui se défoncent pour que la famille en soit une. Elles se donnent sans compter, cherchant à faire une place à tous. A leurs dépens parfois, effarées que cela semble juste normal, du peu de mansuétude et de reconnaissance. Il y a l’enfant prodige, celui qui réussit tout, en un temps record, un grand sourire aux lèvres. Le second plus torturé, convaincu qu’on ne l’a jamais compris. Et puis le petit dernier, pour qui on a moins de temps mais sur lequel on garde un œil.
Certains partagent leurs joies ou exhibent leurs plaies au reste de la maison, d’autres les effleurent ou soufflent dessus, seuls et dans l’ombre.
Et moi dans tout cela ? Moi je découvre, avide. J’apprends, j’avale, je digère. Je suis tantôt l’enfant prodige, tantôt les deux autres. J’essaie de m’adapter, de mettre en sourdine toutes les casseroles que je traine.
Moi, je suis un chanceux, j’ai mes anges gardiens.
Tout va bien. L’océan est là et les mots coulent.
Montreuil-Juigné
(9 janvier 2020)
Montreuil-Juigné
J’ai usé la moindre surface de ton COSEC, balle aux pieds. Des vocations ratées, empaquetées dans des parquas bleues et noires vociféraient par-dessus la main courante. Leur haleine se dessinait dans le petit matin. J’ai enchainé, sur tes herbes et tes faluns, des gloires retentissantes et de cuisants échecs. Les éphémères de la jeunesse. Je me suis gelé dans tes douches de béton brut, esquinté le foie dans ta buvette préfabriquée.
J’ai squatté mon adolescence. Entre tes immeubles lilliputiens, d’un beige incertain. Cité Espéranto. Les enfants s’arrachaient les cheveux et la peau, dans le bac à sable, parmi les déjections canines. Mes potes étaient turcs, algériens, polonais, français. C’était le même peuple de pauvres, mais différents. Nos jeunesses forgèrent des amitiés inséparables, que les années allaient séparer sans effort. J’ai aimé leurs sœurs. Tes filles sans fleurs. Du bout du cœur.
Ton bourg s’en moquait bien d’être un « lieu de partage et de vie ». Nous ne montions au Shopi que pour faucher dans ses rayonnages. Pour mater les gigantesques seins de la boulangère qui grimaçait un sourire outrancier dès notre arrivée. La pizzeria du bourg faisait faillite tous les ans. Ils disent aujourd’hui que tu es un centre-ville. Propagande d’élu rivé à son mandat.
Les filles, je les emmenais sur le chemin de hâlage. Il n’était pas aménagé à l’époque, calme et sauvage. Des joggeurs connectés et des pédaleurs du dimanche l’encombrent à présent. Tout un défilé Décathlon. Majid, lui, il emmenait les filles sur le sautoir du saut à la perche. C’était sa garçonnière.
J’ai partagé la pagaille de tes rues avec tes familles séculaires ; les Dernus, les Letierre, les Berni. J’ai bu le coup sur ta Mayenne avec tes ouvriers agricoles. Il existait encore des champs, à perte de vue. Il restait même quelques fermes. Avant cette luxuriance de lotissements pavillonnaires. Ces cubes de briques sans toits, toujours plus volumineux. J’ai trimbalé mes vingt ans d’un bout à l’autre de ton ennui de cité dortoir. Tu as doucement dilapidé ton âme, pour quelques crossover haut de gamme.
Puis je suis parti vivre ma vie. Mais je suis revenu cité Espéranto. J’y ai eu une fille. Mon premier Grand Bonheur, bien au chaud, perché au troisième étage de ton HLM. Toi, tu continuais tes maladresses d’habitations sociales. Et puis je suis reparti. Pour de bon cette fois. Pour Avrillé ta voisine. Plus bourgeoise, plus « m’as-tu-vu», plus catholique.
Souvent je fais un détour. Je traverse ton bourg, descends jusqu’à la cité. Je reviens sniffer mes plus belles années. Malgré tes commerces scintillants, tes ronds-points flambant neufs, tes routes refaites, tes programmes immobiliers, tu n’as pas beaucoup changé. L’ennui et la solitude que tu m’as inoculés cheminent dans tes artères.
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(14 décembre 2019)
4 fois sans frais
Elle m’attend dans le hall. Derrière le verre poli par trop d’années. Son bâtard sous le bras. Un mélange entre un Pinscher et un chihuahua proclame-t-elle. Elle semble fière de son rat à tête de chien.
Je ne suis plus venu depuis des semaines, malgré ses appels incessants. Elle me précède dans cet immeuble insalubre où le bailleur social l’a recasée récemment. Fenêtres simple vitrage dont le cadre, par endroits, ne touche même plus les montants. Les dalles de lino se décollent ou manquent, la peinture des tuyauteries et des radiateurs tombe par plaques sur le sol. Les tapisseries, d’une entrée de gamme surannée, susurre aux locataires qu’ils ne sont rien.
Lorsque j’avais décroché son téléphone pour appeler le bailleur et lui promettre mille misères, elle avait posé sa main sur mon bras. Elle était bien ici. L’appart était au rez-de-chaussée, grand et propre. Oui pour elle il était « propre ». En d’autres temps je l’aurais également trouvé « propre ». Et puis, il n’était rien que pour elle.
Elle ne se rend plus chez sa voisine qu’une fois par semaine, après des années de visites quotidiennes. On ne lui a pas dit pourquoi. Son chien lui défonce la tapisserie. Elle le sort toutes les deux heures et lui file une rouste dès que cela est nécessaire. La télévision, toute la journée et ses courses qu’elle fait chaque lundi pour la semaine. C’est Jacques qui l’emmène. Il ne lui prend rien.
– Je peux venir manger chez toi samedi soir ?
– j’ai déjà des potes à la maison. Samedi midi si tu veux.
– Non.
Elle est un peu vexée. C’est le soir qu’elle s’emmerde ma mère.
Elle me sert un cocktail de composants chimiques. Un Tropico russe ou un Banga tchétchène que je m’empresse d’avaler. Règnerait-elle sur toute une mafia de l’orangeade ?
Elle me donne des nouvelles de ma sœur, je lui parle de mon frère. Deux mois qu’il ne boit plus. Il a perdu 15 kilos. Et trois dents. Il est tombé. Trois malaises. Au bout d’un long silence, je me lance. Je lui annonce que j’ai écrit un roman. Qu’il va être édité. Que son fils a écrit un livre. Ses rides immobiles harponnent son regard délavé au mien.
– C’est vrai ! J’ai écrit un livre qui sortira fin janvier.
Ses lèvres frémissent. Elle se demande si je me fous de sa gueule.
– et tu veux que je te donne le titre ?
– … oui. Lâche-t-elle du bout des lèvres.
– Le grand con.
Sa chair frelatée se déploie tout autour de ses yeux, toujours dans les miens. La voilà qui rit. Elle rit gaiement, bouche ouverte.
– Non mais c’est vrai. Il y aura ma photo derrière… 280 pages…
Plus moyen de l’arrêter. Elle exhibe ses vestiges dentaires, juste au-dessus de sa nappe à fleurs.
J’attends qu’elle se déballonne un peu. Mais ça met du temps.
– Tu sais que j’écris ?
– Non.
– Depuis que j’ai 15 ans maman !
– Au fait je t’ai montré ma nouvelle machine à laver ? 170 euros chez C-discount. 4 fois sans frais.
Ils m’ont livrée hier. C’est mon voisin qui me l’a installée.
Elle est déjà dans le couloir. Alors je la suis jusqu’à une salle de bain aussi grande que sa chambre. Je m’intéresse à sa toute nouvelle machine. Je l’interroge sur le volume sonore, la durée des tournées.
Je m’arrête sur le perron, serre mon col contre ma gorge. Le vaste parking envoie ses réverbères tout au bout de la nuit. Sur ma gauche, la télévision de ma mère crache ses reflets bleus par sa fenêtre. Je l’imagine immobile dans son clic-clac, sous des trombes de halos changeants. Je ne peux m’empêcher de sourire. Je ne sais si elle s’est défiée de moi ou si elle n’a su que faire de cette annonce. Mais je me marre. Je ressens de la gratitude. Je trouve très sain que dans l’ordre de ses préoccupations, ma mère range mes velléités littéraires au même niveau que sa machine à laver. Achetée sur internet. En 4 fois sans frais.
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(14 novembre 2019)
Chambre 122
Trois coups secs sur la porte.
Le cœur au bord des lèvres
Ses pas dans la moquette,
Il fond dans son rêve.
Gestes avortés
Regards de déclin.
Une main dans la pénombre,
Ramasse un sourire.
Leurs lèvres se charment, se happent,
Electrisent les mélaminés pastels.
Il déguste sa chair et elle le dévore.
La peau traque la peau sous le tissu.
Leurs souffles en cataractes.
Les gestes s’entrechoquent.
Les étoffes s’envolent
Et les peaux avides s’épousent.
Les peaux rient, les peaux hurlent, les peaux chantent,
Elles braillent leur bonheur d’épiderme
A travers la nuit.
La plénitude ouatée de ses seins,
La soie de sa peau avale ses doigts.
La folie de ses hanches,
Comme un tonnerre.
Souffles coupés.
Murmures timides.
Regards interloqués.
Lèvres soudées.
Un corps pour deux
Le corps se tend, se cabre.
Les doigts s’ouvrent, se referment, se crispent, se crampent…………………………………………
Puis les doigts se relâchent.
Les corps s’affaissent, étourdis, lourds, de nouveau
La démence s’assied sur le bord du lit, quitte la couche
Leur nudité abîme la literie.
La chair assouvie s’est tue.
Il sème sur son épaule de tendres baisers,
Il effleure ses silences.
Une poignée de temps,
Et il la chassera de ses pensées.
Debout dans une cuisine aménagée,
Parmi les cris d’enfants
Des jours bien rassurants
Des jours de listes à faire
De gens à rappeler.
Flasque sur sa hanche,
Il est déjà loin.
Ils ont passé l’âge des promesses.
Des promesses sans âge.
Il et Elle sont un peu cabossés,
Les soifs d’absolu, ils ont déjà donné.
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(1er novembre 2019)
Juste avant
Tous mes amours dorment encore.
Ma femme, dans la pièce à côté
Dans cette position d’abandon lourd
Que je connais par cœur.
Mes enfants à l’étage.
La maison les couve de son silence.
Une pluie muette éclate sur le plateau de verre.
La balançoire berce doucement son assise en bois
Fossilise des joies d’enfants passées.
Le vent me fait un signe de ses branches détrempées
Et des feuilles tremblent.
Bientôt les pas de mon fils crépiteront à l’étage
Et la vie reprendra.
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(20 octobre 2019)
Pour une poupée.
J’ai rejoint ce rivage solitaire
D’où l’homme contemple son vaste passé,
Et comme un entêtant parfum, le flaire.
Il compte les amis qu’il lui reste et les étés.
L’âge où l’on range les plaisirs fugaces,
Dans les priorités à leur juste place.
Le regard de mes enfants m’a construit.
Je n’aspire plus qu’à eux, à cette femme de mon âge.
Alors, tout bazarder pour une poupée
Femme et enfants, même l’amitié
Pour quelques formes bien prononcées
Quelques ravissements cutanés.
A l’azimut de mes hormones
J’ai trop laissé ma verge naviguer.
J’ai goûté tant d’épidermes soyeux
Habité tant des chairs onctueuses.
Je ne veux plus faire l’amour qu’avec classe
A celle qui jamais ne me lasse.
D’autres, même engagés, se jetteront bien,
Sur l’enfer de tes formes, comme des enragés.
Boiront ton jus, crèveront tes reins.
Il faut tout perdre pour estimer ce que l’on tient.
Alors, tout bazarder pour une poupée
Femme et enfants, même l’amitié
Pour quelques formes bien prononcées
Quelques ravissements cutanés.
A l’azimut de mes hormones
J’ai trop laissé ma verge naviguer.
Je n’ai longtemps été qu’une verge sans cervelle
Flairant le vent, reniflant la femelle.
Je chamboulais ma vie pour servir une quenelle.
Insignifiant, méprisable, aussi bête que cruel.
J’ai saccagé ma vie encore et encore
Décimé ma famille, mes amis, mes amours.
Mais je sais aujourd’hui à quel corps j’appartiens
A quelle âme, quel regard, comme ils me font du bien.
Alors, tout bazarder pour une poupée
Femme et enfants, même l’amitié
Pour quelques formes bien prononcées
Quelques ravissements cutanés.
A l’azimut de mes hormones
J’ai trop laissé ma verge naviguer.
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(24 septembre 2019)
Je ne suis pas mort. Et c’est un miracle en soi. Toutes ces années, traversées sur un fil. J’aurais pu ne jamais surgir de cette forêt profonde de l’enfance. Trop souvent j’ai brandi une lame, hurlé plus fort que ma voix pour protéger ma sœur ou ma mère. J’aboyais à la gueule d’un beau-père trop violent, d’un petit ami trop pressé, d’un voisin alcoolisé avide d’en découdre. Je sortais les crocs, lui promettait la douleur et le sang quand j’avançais sur lui. Trop souvent j’ai projeté l’ombre d’un homme que je n’étais pas, d’une bête assoiffée qui n’aurait jamais dû voir le jour. Trop souvent j’ai dormi avec une arme sous mon oreiller. On ne s’endort pas plus serein avec une arme sous son oreiller. Nous nous sommes baignés dans de profonds fossés d’où décampaient des armées de ragondins qui n’auraient fait qu’une bouchée de nous. A 13 ans j’escaladais les grues sur les chantiers, petit insecte insignifiant penché au-dessus du vide. Par bravade. Pour montrer de quelle trempe j’étais. Un trompe-la-mort vous dis-je ! J’aurais pu y rester mille fois. J’ai survécu, d’inconscience en inconscience, de miracle en miracle. Ma sœur aînée, elle, elle est morte à l’âge de deux ans. J’ai vu le jour quand elle a rejoint la terre. Comme mon demi-frère, lui aussi mon aîné. Il s’est noyé dans la Loire quand j’avais 12 ans. Ils n’ont pas eu ma chance. La Mort a tout fait pour que ce soit moi l’aîné, et personne d’autre. Elle voulait que je morfle longtemps, semble-t-il. Et j’ai ramassé. Sur un fil, pendant toutes ces années. Ma propre mère finissait par ne plus donner cher de ma peau. Le chagrin des adieux squattait, peinard, au fond de son regard dès que je souillais son champ de vision. J’étais en sursis depuis le début. Tous ceux qui peuplaient cette période de ma vie, sont aujourd’hui froids. Tous. Ils n’ont jamais atteint l’âge adulte. Ils disparaîtront tous définitivement quand je claquerai ma pipe.
(à suivre)
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(25 septembre 2019)
J’ai évité la prison. A rien. Pour moi la ville n’était qu’un grand centre commercial. Il n’y avait qu’à entrer et se servir. Puis se barrer sans payer. Mais on paie toujours. Tôt ou tard. J’ai volé ma première bagnole à quinze ans. Ils avaient laissé les clés, le moteur tournait toujours. Elle n’attendait que moi. Une BMW coupée. J’avais des notions de conduite. Mais des notions ça suffit pour faire quelques kilomètres et s’emplâtrer dans un mur, pas pour quitter la ville. Tout cela pour rentrer à pied. Aucun témoin, un vrai miracle. Pas vu pas pris. Un an plus tard je pénétrais pour la première fois dans une villa cossue, par effraction comme ils disent. Tu parles, deux ou trois pressions des fesses sur la porte fenêtre et elle s’ouvrait comme par magie. Ils avaient laissé du gâteau et du champagne. Je découvrais le vertige de posséder soudain tout ce qui appartient à autrui. J’ai dévoré tous les restes, affalé dans le gigantesque canapé en cuir. Autant de luxe, cela m’excitait. Je suis monté dans leur chambre, mater les petites culottes de la dame. Elles m’ont mis un coup de sang. Si ils avaient été là, je les auraient ligotés et elle, je l’aurais baisée jusqu’à la moelle. Cela ne m’a pas empêché de me branler dans ses étoffes de soie. Quelques jours plus tard, quand les flics ont frappé à la porte de chez ma mère, je venais de quitter la ville pour la première fois. Par le plus grand des hasards. Un autre miracle.
Plus tard, j’ai échappé à mon milieu. Sans le faire exprès. La cité, les sales fréquentations, les copains qui plongent en vous tenant par le bras. J’ai rencontré ma femme. Ma première femme. On s’est vite tiré. On a vécu ensemble loin de la jungle. Dans le centre d’une grande ville. Elle bossait, moi je cumulais les études et les petits boulots. Oui j’essayais de suivre des études, mais j’ai vite arrêté. On rêvait de jours meilleurs. On a vécu ensemble pendant 17 ans. Les jours meilleurs ne sont pas venus. Je l’ai quittée. Je l’ai quittée parce que j’ai rencontré l’Amour. Pourtant je suis du genre loyal, un vrai clébard. Mais quand l’Amour se pointe devant toi, avec ses longs cheveux bouclés et ses yeux noirs, qu’iI te regarde calmement et te fauche les deux jambes, tu t’affales sur le cul. Comme n’importe quel connard. L’Amour, lui, il te regarde sans rien dire. Il te regarde comme un homme. Comme un homme bon et digne. Si ce n’est que toi, tu n’étais même pas au courant. Mais tu y crois. Pendant plus de 40 ans tu n’as jamais regardé plus loin que tes pompes, soudain tu lèves le nez et tu scrutes l’horizon. Tu nais, à 40 piges. Alors oui les femmes m’ont sauvé la vie. Je leur doit tout. Je leur doit le semblant d’homme que je suis. (à suivre)
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(25 septembre 2019)
(suite et fin)
Il y eu ma première femme. Elle m’a appris que je pouvais être autre chose qu’une bête. Elle m’a appris le respect, la patience et la tendresse. Le don de soi, sans condition. Je sais aujourd’hui que toutes les femmes n’en sont pas capables. J’ai eu une chance inouïe de partager un bout de chemin avec elle. Et pour cela je lui serai reconnaissant jusqu’à mon dernier souffle.
Elle m’a donné Mina, ma fille. Ma libellule aux grands yeux verts, blonde et dégingandée. Une belle petite personne, bien construite, bien équilibrée, généreuse comme pas une. La fierté de toute une vie. Mina a fait de moi un père, quelqu’un qui ne vit plus uniquement autour de sa queue ou de son nombril. Qui pense, décide et agit pour le bien de sa famille. Elle a fait de moi un homme.
Et puis cet ultime miracle, mon Amour aux yeux noirs qui d’un mot, d’un sourire, sans effort, me transforme en une espèce de surfeur du bonheur, un animal béat… Ma brune qui n’est qu’Amour de son homme, et dont les silences et les mots, sont des cataplasmes sur mes plaies puantes. Tout cet Amour chaque jour renouvelé depuis tant d’années. Voilà, selon moi, le seul, l’unique miracle. Rien d’autre. Tout le reste c’est du bruit. C’est vrai non ? La vie c’est quoi ? Si vous enlevez toute la fanfare ? A part l’Amour, il reste quoi ? Ben rien ! Ou pas grand-chose. Des gesticulations. Et moi en Amour, j’ai été gâté. Alors que le monde entier court après. Comme des damnés ! Tout cet Amour pour moi ! Après toutes ces galères ! Pour le fils de rien, sorti de nulle part. Le trompe la mort.
La vie n’est qu’une salope. Il faut bien le dire. Elle jette nos destinées sur un tapis de joies et de souffrances. J’ignore ce que la grande pouffiasse a tiré pour moi. J’ai appris à ne plus miser sur des lendemains qui chantent. L’instant présent me suffit. Mais j’ai rencontré l’Amour, mon Amour qui peine à se déplacer avec son ventre gorgé de vie car elle va me donner un fils. Dans un mois je serai père une seconde fois. Un fils ! Vous vous rendez compte ? C’est pas un miracle, ça ? Tout ce bonheur pour moi, au bout du compte… J’en reviens toujours pas.
Alors je n’oublie rien. Faut pas oublier toutes les fois où on aurait dû plonger. Chaque fois où on aurait pu clamser, ou finir en taule. Comme mon cousin retrouvé froid dans un fossé à 17 ans ou Michel qui grelotte entre les pierres froides et humides de son cachot. Ils sont tous là, en moi. J’écoute ce qu’ils ont à me dire. Tant que je serai en vie ils continueront de parler.